Les meddies sont des tourbillons d’eau chaude et salée issus de la mer Méditerranée, qui se déplacent discrètement dans l’Atlantique tout en influençant la circulation océanique globale. Vous allez voir comment ces structures, longtemps invisibles aux yeux du grand public, jouent un rôle clé dans le climat, les écosystèmes marins et la recherche scientifique. Cet article vous donne d’abord une vision claire et accessible de ce que sont les meddies, puis approfondit leurs mécanismes, leurs impacts et les méthodes modernes utilisées pour les étudier.
Comprendre ce que sont les meddies et pourquoi ils comptent

Les meddies fascinent les océanographes parce qu’ils transportent loin de la Méditerranée une eau très particulière, chaude et salée, en plein cœur de l’Atlantique nord-est. En quelques repères concrets, vous pouvez rapidement saisir leur formation, leur structure et les raisons de l’intérêt croissant qu’ils suscitent en climatologie et en observation de l’océan.
Origine des meddies dans la circulation thermohaline entre Méditerranée et Atlantique
Les meddies se forment à partir de l’eau méditerranéenne qui s’échappe par le détroit de Gibraltar. Cette eau présente des caractéristiques uniques : une température élevée d’environ 13°C et une salinité supérieure à 36,5 PSU (unités pratiques de salinité). En rencontrant les eaux atlantiques plus fraîches et moins salées, cette masse d’eau dense plonge et se fragmente en tourbillons compacts qui s’enroulent sur eux-mêmes. Ces structures conservent la signature physique et chimique de la Méditerranée sur des distances impressionnantes, parfois jusqu’à 3 000 kilomètres de leur point de formation.
Le processus de formation implique une zone de mélange intense au niveau du golfe de Cadix, où la veine d’eau méditerranéenne interagit avec les courants atlantiques. C’est dans cette région que naissent la plupart des meddies, typiquement entre septembre et mars, période où les contrastes entre les masses d’eau sont les plus marqués.
Comment se structure un meddy et à quelles profondeurs le trouve-t-on
Un meddy typique présente une géométrie bien définie. Son diamètre varie de 50 à 100 kilomètres, avec une épaisseur verticale de 300 à 800 mètres. Il se situe généralement à des profondeurs intermédiaires, entre 700 et 1 500 mètres, où il peut se déplacer longtemps sans être dissipé par les turbulences de surface ou les frottements du fond.
| Caractéristique | Valeur typique |
|---|---|
| Diamètre | 50 à 100 km |
| Épaisseur verticale | 300 à 800 m |
| Profondeur de propagation | 700 à 1 500 m |
| Température du cœur | 12 à 13,5°C |
| Salinité du cœur | 36,2 à 36,8 PSU |
| Durée de vie | 2 à 5 ans |
Sa structure interne présente un cœur chaud et salé, entouré de gradients marqués par rapport aux eaux atlantiques environnantes. La vitesse de rotation au sein du meddy peut atteindre 20 à 30 centimètres par seconde, créant une barrière dynamique qui préserve l’identité de la masse d’eau méditerranéenne pendant des années.
En quoi un meddy diffère-t-il des autres tourbillons océaniques classiques
Contrairement aux tourbillons de surface visibles sur les images satellites, les meddies sont surtout des phénomènes de profondeur. Leur signature thermique et haline est beaucoup plus marquée que celle de nombreux tourbillons de méso-échelle de l’Atlantique. Un eddy classique montre des anomalies de température de quelques dixièmes de degré, tandis qu’un meddy présente des contrastes de plusieurs degrés avec son environnement.
Ils se distinguent aussi par leur longévité exceptionnelle, pouvant durer de 2 à 5 ans, contre quelques semaines à quelques mois pour la plupart des tourbillons océaniques. Cette persistance s’explique par leur profondeur de propagation, qui les met à l’abri des vents et des interactions avec l’atmosphère. Enfin, leur origine très localisée dans la dynamique de la mer Méditerranée leur confère une signature chimique unique, avec des concentrations spécifiques en sels dissous et en nutriments.
Mécanismes physiques, dynamique et interaction des meddies avec l’océan

Derrière la simplicité apparente de ces bulles d’eau chaude et salée, la dynamique des meddies repose sur des mécanismes physiques complexes, où interviennent rotation terrestre, stratification, vents et relief sous-marin. Comprendre ces processus aide à mieux anticiper leur trajectoire, leur durée de vie et leurs échanges avec les masses d’eau environnantes.
Comment les forces physiques maintiennent la cohérence d’un meddy sur plusieurs années
L’équilibre entre la force de Coriolis, la pression interne et la stratification de l’océan permet au meddy de rester stable. La force de Coriolis, liée à la rotation de la Terre, dévie les mouvements d’eau et organise la rotation du tourbillon. À la latitude de propagation des meddies (entre 30°N et 40°N), cet effet est suffisamment fort pour stabiliser la structure.
La rotation rapide du meddy crée une barrière dynamique qui limite les échanges turbulents avec les eaux voisines. Le gradient de pression entre le cœur dense et salé et les eaux environnantes génère une force centrifuge qui compense exactement la force de Coriolis. C’est cet équilibre géostrophique qui explique la capacité des meddies à voyager très loin sans perdre immédiatement leurs caractéristiques méditerranéennes.
La stratification verticale de l’océan joue également un rôle protecteur. Le meddy se propage dans une couche de densité appropriée, ce qui limite sa diffusion verticale. Des études montrent que seulement 10 à 15% de la masse d’eau d’un meddy se mélange avec son environnement chaque année.
Trajectoires typiques des meddies dans l’Atlantique nord-est et rôle du relief
Après leur formation au large de la péninsule Ibérique, les meddies dérivent généralement vers l’ouest et le sud-ouest, guidés par les courants de profondeur. La vitesse de déplacement varie de 2 à 5 kilomètres par jour, soit environ 1 000 kilomètres par an. Les trajectoires les plus fréquentes conduisent les meddies vers la région des Açores, puis vers les plaines abyssales du centre de l’Atlantique.
Le relief sous-marin influence fortement ces déplacements. Les dorsales, comme la dorsale médio-atlantique, peuvent dévier ou piéger temporairement ces tourbillons, créant des zones de forte variabilité hydrologique. Les plateaux continentaux et les monts sous-marins agissent comme des obstacles, forçant les meddies à contourner ou à ralentir. Certaines régions, comme le bassin de Canaries ou la zone au sud-ouest des Açores, sont ainsi de véritables couloirs à meddies, régulièrement traversés par ces structures.
Quels échanges un meddy entretient-il avec les eaux atlantiques environnantes
Même s’il est relativement isolé, un meddy n’est jamais totalement fermé aux échanges. Il mélange progressivement sa chaleur, son sel et parfois des nutriments avec les masses d’eau atlantiques, via des instabilités en bordure du tourbillon. Ces processus se produisent par filamentation, où des langues d’eau méditerranéenne sont arrachées du cœur et s’enroulent autour de la périphérie.
Au fil du temps, ce mélange atténue la signature méditerranéenne et contribue à la ventilation et à la structuration des couches intermédiaires de l’Atlantique. Les observations montrent qu’après trois ans de propagation, un meddy peut avoir perdu 30 à 40% de son anomalie de salinité initiale. Ces échanges participent au renouvellement des eaux profondes et intermédiaires de l’Atlantique, un processus essentiel pour la circulation thermohaline globale.
Rôle des meddies dans le climat, les écosystèmes et la variabilité océanique
Au-delà de leur intérêt académique, les meddies interviennent dans des processus qui nous concernent directement, de la distribution de chaleur à la dynamique du climat régional. Ils influencent également la répartition de certaines espèces et les habitats des organismes vivant en profondeur.
Influence des meddies sur la redistribution de chaleur et de sel dans l’Atlantique
En transportant une eau plus chaude et plus salée que l’Atlantique environnant, les meddies modifient localement la densité et la stabilité de la colonne d’eau. Un seul meddy peut transporter l’équivalent de plusieurs milliers de mètres cubes d’eau méditerranéenne par seconde, redistribuant chaleur et sel sur des milliers de kilomètres.
Cette redistribution joue sur la circulation thermohaline régionale, qui fait office de tapis roulant de l’océan. Les eaux intermédiaires de l’Atlantique nord sont ainsi enrichies en sel méditerranéen, ce qui augmente leur densité et peut influencer les zones de convection profonde, notamment dans les mers nordiques. Sur des décennies, l’accumulation de ces contributions fines participe à la variabilité de la circulation atlantique, avec des implications possibles sur le Gulf Stream et le climat européen.
Conséquences potentielles des meddies sur les habitats profonds et la biodiversité
Les meddies créent des niches environnementales originales, avec des conditions de température et de salinité différentes du milieu ambiant. Certaines espèces, notamment planctoniques ou gélatineuses, peuvent y trouver des conditions favorables de croissance ou de survie. Des études ont identifié des concentrations inhabituelles de zooplancton et de petits poissons mésopélagiques à l’intérieur de certains meddies.
À l’inverse, ces anomalies peuvent aussi perturber des communautés installées, en modifiant l’oxygénation ou la disponibilité des nutriments à certaines profondeurs. L’eau méditerranéenne étant généralement pauvre en nutriments et légèrement moins oxygénée que les eaux atlantiques de surface, le passage d’un meddy peut créer des zones temporaires de stress physiologique pour certains organismes. Ces effets restent toutefois localisés et transitoires.
Les meddies sont-ils pris en compte dans les modèles climatiques actuels
Les modèles climatiques globaux peinent encore à représenter fidèlement des structures de la taille des meddies, faute de résolution suffisante. La plupart des modèles utilisés pour les projections du GIEC fonctionnent avec des mailles de 50 à 100 kilomètres, juste à la limite pour capturer un meddy. Toutefois, leur effet est souvent inclus de manière paramétrée, c’est-à-dire qu’on simule statistiquement leur contribution au mélange et au transport sans les représenter explicitement.
Les modèles régionaux à haute résolution, avec des mailles de 5 à 10 kilomètres, reproduisent mieux la formation et la dérive des meddies. Ces outils sont utilisés pour étudier leur impact sur la circulation atlantique et tester différents scénarios climatiques. À mesure que les capacités de calcul progressent, la représentation explicite des meddies dans les modèles globaux devrait améliorer la simulation de la circulation atlantique et affiner les projections climatiques pour l’Europe et l’Atlantique nord.
Observer, mesurer et modéliser les meddies avec les outils modernes
Longtemps, les meddies sont restés invisibles sans campagnes en mer lourdes et coûteuses. Aujourd’hui, les flotteurs Argo, les mouillages profonds, les gliders et les modèles numériques permettent de les suivre plus finement. Ces technologies, croisées avec des approches de data science, transforment notre compréhension de ces tourbillons discrets.
Comment les océanographes détectent-ils un meddy dans l’immensité océanique
Les meddies sont repérés grâce à des signatures caractéristiques de température et de salinité, relevées par des profils verticaux. Un profil typique montre un maximum de température et de salinité à une profondeur intermédiaire, entouré d’eaux plus froides et moins salées. Les océanographes combinent données de flotteurs dérivants, mouillages fixes et mesures de navires pour cartographier leur position et leur évolution.
Des indices dynamiques complètent ce diagnostic. Les anomalies de vitesse, mesurées par des profileurs de courant ADCP (Acoustic Doppler Current Profiler), révèlent la rotation rapide caractéristique d’un meddy. Les anomalies de vorticité, calculées à partir des champs de vitesse, permettent de délimiter précisément le tourbillon et de distinguer son cœur de sa périphérie. Les algorithmes de détection automatique analysent désormais des milliers de profils pour identifier ces structures dans les bases de données océanographiques.
Apport des flotteurs Argo, gliders et campagnes dédiées à l’étude des meddies
Les flotteurs Argo fournissent une couverture globale en profils température-salinité, détectant régulièrement des signaux de type meddy dans l’Atlantique nord-est. Avec plus de 4 000 flotteurs actifs dans les océans du monde, le réseau Argo enregistre environ 400 profils par jour dans la zone de propagation des meddies. Cette densité de mesures permet de suivre statistiquement la population de meddies et d’estimer leur fréquence d’apparition.
Les gliders, planeurs sous-marins pilotés à distance, permettent d’aller couper finement la structure de ces tourbillons sur plusieurs semaines. Un glider peut réaliser des sections répétées à travers un meddy, documentant sa structure tridimensionnelle et son évolution temporelle avec une résolution de quelques kilomètres. Ces missions ciblées ont révélé des détails sur la structure interne des meddies, comme les couches de mélange en périphérie ou les filaments qui s’en détachent.
Les campagnes océanographiques dédiées restent indispensables pour valider les hypothèses et déployer des instruments plus lourds. Des mouillages équipés de capteurs enregistrent en continu les passages de meddies, tandis que des traceurs chimiques (comme le fréon ou l’hélium) permettent de suivre l’origine méditerranéenne de l’eau et d’estimer les taux de mélange. Les campagnes MEDOC (Mediterranean Outflow Dynamics and Oceanography) ou CANIGO (Canary Islands Azores Gibraltar Observations) ont ainsi considérablement enrichi nos connaissances sur ces structures.
Modélisation numérique des meddies et perspectives de recherche à venir
Les modèles océaniques haute résolution reproduisent de mieux en mieux la formation et la dérive des meddies. Les simulations avec une résolution de 5 kilomètres ou moins capturent fidèlement le détachement des tourbillons au golfe de Cadix et leur propagation dans l’Atlantique. Ces modèles servent de laboratoire virtuel pour tester l’impact des changements climatiques, des vents ou de la stratification sur ces tourbillons.
Des expériences numériques montrent qu’un réchauffement de la Méditerranée pourrait augmenter la salinité de l’eau sortante, renforçant potentiellement les meddies. À l’inverse, des modifications dans les vents ou dans la circulation atlantique pourraient altérer leurs trajectoires ou leur durée de vie. Ces scénarios aident à anticiper les évolutions futures de la circulation océanique.
À l’avenir, le croisement de ces modèles avec l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique pourrait révolutionner la détection et la prévision des meddies. Des réseaux de neurones entraînés sur des milliers de profils et de simulations pourraient identifier automatiquement les meddies dans les flux de données en temps réel, détecter des comportements inhabituels et même prédire leur trajectoire plusieurs mois à l’avance. Ces outils ouvriront la voie à une meilleure intégration des meddies dans les systèmes de prévision océanique et climatique, renforçant notre capacité à comprendre et anticiper les variations de l’océan Atlantique.
Les meddies, bien que discrets, constituent des acteurs essentiels de la dynamique océanique atlantique. Leur étude combine observations de terrain, technologies de pointe et modélisation numérique pour mieux comprendre leur rôle dans le climat et les écosystèmes marins. À mesure que nos outils d’observation et de calcul progressent, ces tourbillons méditerranéens révèlent peu à peu tous leurs secrets et leur importance pour le fonctionnement global de l’océan.
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